Côté mères N°6 : mères au bord de la crise de nerfs...

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EDITO

Selon l’INSEE, les femmes effectuent en 2010 : 71% des tâches ménagères et 65% des tâches parentales. Même si les écarts hommes/femmes se réduisent, en particulier concernant le temps consacré aux enfants, les mères passent, en moyenne, deux fois plus de temps que les pères à s’occuper de leur progéniture : 95mn par jour contre 41mn.

Les mères assurent encore aujourd’hui les ¾ des soins aux enfants, du suivi scolaire et des trajets d’accompagnements à l’école. Les pères, quant à eux, sont plus investis dans les activités de loisirs et l’accompagnement aux activités périscolaires.

Compte tenu de ces chiffres, il n’est pas étonnant que de nombreuses mères se sentent stressées par cette « charge mentale » qui pèse sur elles, aussi appelée « préoccupation domestique ». A elles de penser, de prévoir, d’anticiper, de gérer, d’organiser tout ce qui touche à la bonne marche de la maison, incluant les tâches éducatives. Cela nécessite une vigilance permanente qui peut entraîner chez certaines un épuisement total, proche du burnout. Car si les tâches domestiques sont relativement partageables au sein du couple, cette charge mentale l’est difficilement. Comment faire en sorte que le conjoint prévoie les menus de la semaine, anticipe les rappels de vaccins, se mette en recherche d’une garde partagée, organise un anniversaire ou les vacances à venir…

Certaines peuvent dire : il n’y a qu’à le lui demander ; mais sommes-nous prêtes à lâcher prise, à nous défaire de ce qui peut constituer une forme de puissance domestique, à accepter surtout que les choses soient faites différemment de ce que nous avons en tête ? Car c’est là où souvent le bât blesse : se défaire - en toute confiance et liberté pour l’autre - de ce qui constitue une part de notre charge mais aussi de notre pouvoir…

En attendant d’être capables de faire le pas, (par exemple commencer par déléguer la pleine responsabilité de petites tâches), l’important est d’identifier et de mettre en place les « trucs et astuces » qui nous font du bien, nous déstressent et nous permettent pendant un temps de « nous vider la tête ».

C’est l’objet de ce côté mères : partager nos manières de faire, s’inspirer de ce que nous pratiquons les unes les autres, se conforter dans le fait de ne pas être seules à essayer de gérer au mieux notre stress.

Mais gardons aussi à l’esprit que le dialogue en couple devant la mise à plat du planning familial, comme la délégation dès le plus jeune âge à nos filles et nos garçons, est aussi un moyen de se délester d’une partie de cette charge mentale. Comme le montre, ci-après, la récente étude de l’UNAF, les pères souhaitent s’impliquer auprès de leurs enfants et être reconnus pour leur rôle parental, au même titre que la mère, même si leurs façons de faire diffèrent

 

LE ROLE DES PERES VU PAR LES PERES :Fotolia père enfant

Etude de l’UNAF (Union nationale des Associations Familiales) menée en 2016 auprès de 11000 pères.

86% veulent être des pères différents de leur propre père (et 43% disent s’inspirer de leur propre mère pour exercer leur paternité= implication, présence, écoute).

47 % disent ne pas passer assez de temps avec leurs enfants, en raison principalement de leur travail.

56% ont le sentiment que leur rôle est moins reconnu par la société que celui de la mère.

55% disent faire les mêmes choses que la mère avec leurs enfants mais de façon différente.

Les tâches parentales considérées comme les plus difficile par les pères sont le suivi de la scolarité (46%) et le coucher (31%).

 

TEMOIGNAGES


Lâcher prise, s’organiser, se faire plaisir.


Depuis son divorce, Florence mène de front une vie professionnelle prenante (elle est avocate) et la charge de ses deux enfants de douze et sept ans.

« J’ai constamment un planning en tête avec la liste de tout ce à quoi je dois penser : l’anniversaire de l’un, le sac de piscine de l’autre, le weekend end des deux chez leur père…. Je dois tout le temps anticiper. A cela s’ajoute la sollicitation permanente des enfants avec souvent l’obligation de se positionner tout de suite ». Florence ressent souvent le manque de temps, de recul possible, avec toujours le poids de cette responsabilité à assumer seule au quotidien. La fatigue s’installe, génératrice de stress, dont elle entend préserver ses enfants.

C’est la raison pour laquelle, depuis quelques années, elle a appris à lâcher prise : « Par exemple, si un soir les enfants ne prennent pas de bain, s’ils n’ont que des chips et de la soupe pour dîner, ce n’est pas la fin du monde. De la même façon j’ai appris à ne pas culpabiliser si je ne fais faire qu’une seule activité aux enfants. L’important c’est qu’ils aient la base : être nourris, aimés et qu’ils soient scolarisés ».

De la même façon, pour éviter le stress des fins de journée, Florence est très organisée. Elle va chercher les enfants tôt à l’école ; les devoirs, les bains et le dîner s’enchaînent, et à 19h30 ils sont tous les trois en pyjama (elle en jogging), prêts pour une soirée posée, sous la couette ou autour de la cheminée, un livre à la main (la tv et l’ordinateur sont interdits la semaine).

Fotolia femme danseAutre manière de faire baisser la tension : se réserver un temps pour soi. Ainsi, deux fois par semaine, Florence pratique la danse classique (un vieux rêve d’enfant) à trois minutes de son bureau : « Je n’ai pas mon portable, je suis concentrée sur mes gestes, je ne pense plus aux enfants, c’est ma bulle et ça me nourrit vraiment ».

 

Prendre du recul, du temps pour soi et partager entre mères.


Daphné est mère de deux enfants de quatre ans et dix-huit mois. Graphiste, elle exerce chez elle et assume une grande part de la charge domestique et parentale, son mari ne rentrant pas avant vingt heures.

« Mon inquiétude permanente est le bien être de mes enfants » reconnait Daphné. Jusqu’à peu de temps, elle entendait être la mère parfaite, gérant et contrôlant tout. Proche du burnout à la dernière rentrée, elle a appris à prendre du recul, à se créer un rythme différent (un bain un soir sur deux pour les enfants, par exemple), à se réserver des moments pour elle qui lui permettent de respirer.

La petite boule au ventre, Daphné la connaît bien en particulier lors des séparations d’avec ses deux enfants (rentrée en classe et en crèche) qui provoquent chez elle un stress intense. Débordée émotionnellement, elle n’est que larmes pendant plusieurs jours.

Fotolia femme au café

 Seuls les moments d’échanges avec son mari le soir, qui la convainc qu’il faut faire confiance aux enfants et qu’ils vont bien, arrivent à la calmer.

Ce qui lui permet de décompresser également est l’échange régulier avec d’autres mères. Le matin c’est au café après avoir déposé les enfants, et deux jours par semaine c’est lors d’un déjeuner au restaurant avec une amie : « C’est rassurant de voir qu’on n’est pas toutes seules à galérer. On s’écoute et on s’échange nos solutions ».

Il y a également le petit truc qu’elle a institué chez elle lorsqu’elle se sent débordée et qu’elle juste envie de partir en claquant la porte : « En fait, je fais ce que je dis à mes enfants quand ils sont énervés : va dans ta chambre te calmer. Je vais dans la mienne et je fais les cent pas en soufflant et en me disant ça va passer ».

Et depuis peu, encouragée par son mari qui prend le relais auprès des enfants, Daphné se réserve deux heures chaque weekend rien que pour elle : « Je ne veux voir personne, ne pas être dérangée, juste penser à moi ».

Enfin, aller consulter un pédo psychiatre pour leur enfant de quatre ans, particulièrement difficile malgré les différentes tentatives de solutions des deux parents, a permis de baisser considérablement le stress quotidien : « Il ne faut pas hésiter à avoir recours à un professionnel. En une séance c’était réglé et maintenant les relations sont totalement apaisées ».

 

Interview de Cécile, maman de 3 enfants de moins de 10 ans et membre d'MMM.

Quelles sont les situations, conditions, réactions.... qui génèrent le plus de stress chez vous en tant que maman ?

Cela arrive généralement le soir quand il faut enchaîner devoirs, préparation du repas et bain... avec des enfants fatigués par leur journée!!! Je souhaite que les enfants ne se couchent pas trop tard et je vois l'heure qui tourne alors que les enfants ne sont toujours pas en pyjama...Le stress monte invariablement!

D'autant plus que souvent je me rends compte que mon aîné n'a rien retenu des devoirs faits à l'étude et que je dois donc recommencer avec lui!

Le casse tête des activités est aussi une situation de stress. Avec 3 enfants, je me demande parfois comment je vais faire pour amener à la même heure l'une au théâtre, l'autre à son match de foot... et là je me sens toujours un peu coupable si je n'arrive pas à tout faire pour eux...


Comment réagissez-vous, quelles implications sur votre entourage ?

Il y a quelques temps je me suis aperçue que la phrase que je disais le plus souvent à mes enfants c'était "on est en retard! Dépêche toi!!!" Pas très agréable pour l'harmonie familiale... Je stresse et je stresse donc toute la famille.

Quels sont les trucs et astuces que vous mettez en place pour alléger les choses , libérer la pression ?

Quand je sens le stress monter, j'utilise une baguette magique à la portée de tous : je prends le temps de respirer! De longues inspirations, de longues expirations, pendant une minute.. c'est magique, la pression descend. Quand les enfants se mettent à crier, j'ai aussi un truc infaillible : je me mets à chuchoter... les enfants un peu surpris, pour m'entendre, baissent le ton. Sinon je lis et relis mon livre de chevet "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent" qui présente la méthode Faber et Mazlish pour communiquer de manière apaisée avec ses enfants.... et j'essaie d'appliquer!!!

Concernant les devoirs, je note maintenant en semaine les points que mon fils a moins retenus et je prends du temps le week end pour les revoir au calme avec lui. Cela évite de passer trop de temps inefficace le soir avec lui.

Pour éviter la course du matin, je prépare le soir toutes les affaires du lendemain: habits, sacs, cartables, petit déjeuner, médicaments si nécessaire...
Et rien ne me fera rater mon cours hebdomadaire de danse car c'est un bon moyen pour moi de recharger les batteries....

Comment réagit votre mari ?

J'ai la chance d'avoir un mari en or qui s'occupe beaucoup de la maison et des enfants donc nous partageons souvent les tâches et les conduites. Mais nous avons décidé aussi ensemble qu'il fallait dans notre cas repenser notre agenda et réduire les activités et engagements des uns et des autres... juste pour pouvoir rester de temps en temps en pyjama en famille au calme un samedi matin!

 

 Interview de Béatrice Gailledreau, Médecin osthéopathe

• Avez-vous des patientes qui viennent vous voir pour un mal être lié au stress familial ? De plus en plus?

La « pression sociale » et le regard de la société, avec un besoin de « normes » ou « normalité » entrainent des questions de plus en plus fréquentes chez les mamans. Le besoin de réussite personnelle, professionnelle et familiale, des conditions économiques parfois difficiles, et les exigences souvent excessives des femmes envers elles-mêmes ont tendance à générer un stress important chez certaines.

• Quels en sont les symptômes ?

Les symptômes peuvent être purement psychologiques, avec essentiellement une dévalorisation, un sentiment de culpabilité, des troubles du sommeil, une irritabilité (cris sur les enfants que les femmes n’arrivent pas à contrôler mais qu’elles regrettent aussi vite), un sentiment d’impuissance, voire une dépression… Ou plus physiques avec des douleurs abdominales, dorsolombaires, des insomnies ou pertes d’appétit

• Qu'est-ce qui les as poussées à venir te voir ?

Elles viennent pour chercher un conseil, ou parce que leur entourage les as poussées à venir. Elles viennent chercher de l’aide, des conseils, parfois pour elles ou souvent pour leurs enfants. Elles viennent parfois simplement pour des douleurs, et lors de la consultation d’ostéopathie, le travail des tissus et en particulier la découverte de tensions cervicales et/ou crâniennes permettent d’évoquer le stress. Des techniques d’ostéopathie tissulaire, ou l’utilisation de la méthode NIROMATHE (issue des médecines chinoises et de techniques des « rebouteux ») peuvent permettre d’aider à lever en bonne partie du stress.

Fotolia femme respire

• Quels conseils et trucs et astuces donne riez-vous aux mamans pour éviter le piège du stress ?

Les techniques habituelles de gestion de stress, c’est-à-dire développement des activités de plaisir et de détente, relaxation, et techniques cognitives simples leur permettant de connaître leurs forces et leurs faiblesse, afin de leur permettre de faire face aux situations stressantes. . Ces techniques consistent à mettre des mots sur les sentiments et impressions que nous ressentons, afin de les identifier de manière plus formelle, et de pouvoir les inverser : par exemple, si un ressenti est sous-tendu par une pensée automatique négative du type « je suis nulle », il sera possible de chercher à l’inverser en retournant la pensée automatique en « je suis excellente »

Au niveau plus physique, il est souvent utile de prendre conscience de sa respiration, et mettre en avant la respiration abdominale. Par ailleurs, des gestes doux d’étirement du cou et des épaules aident souvent à se détendre, d’autant que sous l’effet du stress, il est fréquent de monter ses épaules, comme pour se protéger.

 

 

CE QUI NOUS FAIT DU BIEN QUAND NOUS SOMMES STRESSEES

Les trucs et astuces de mères

Un petit mot gentil d’un de mes enfants

Mettre des huiles essentielles sur mon plexus et attendre que cela passe

Pratiquer le kung fu qui me correspond bien

Regarder le ciel même quand il pleut

Danser sur une musique bien bête

Rester deux heures sous la douche

Mettre mes baskets et aller courir en écoutant une musique que j’aimeFotolia femme chante

Préparer un bon repas que je partage avec mon mari et mes enfants

Mettre la radio et chanter à tue-tête

Aller courir dans les bois avec des copines

Me balader avec ma mère

Echanger avec d’autres mères

M’allonger sur le tapis du salon et écouter de la musique classique

« Vider mon sac » auprès de mon mari

Me confier à ma meilleure amie (je ne suis plus seule à porter mon angoisse)

Aller marcher toute seule en forêt (je fais le vide, je prends du recul)

M’occuper les mains : bricoler, jardiner, ranger

Lire un bouquin pas trop intello, genre roman ou polar

Boire un petit verre de porto

Me plonger dans un bain avec de la mousse

Sortir de la maison

M’organiser une soirée entre copines

Demander à mes amies de m’envoyer chaque soir un petit mot d’encouragement vers 18h.

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