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Les mères de famille,
magnifiques citoyennes
Lors de son dîner de la Fête des mères, le Mouvement mondial des
mères France réunissait à Paris des mères du monde entier. En présence
de Mme Anne-Marie Charvet, déléguée interministérielle à la Ville, la
présidente du Mouvement rappelait l'importance de leur rôle qui va bien
au-delà de la sphère privée (alphabétisation, soutien scolaire, lutte
contre l'isolement, solidarité intergénérationnelle, prévention des
conduites à risques...). Néanmoins, les mesures concrètes de
reconnaissance de leur utilité sociale se font attendre. Les mères sont
créatrices de lien social.
Il serait donc vain de dénoncer la déchirure du tissu social et la
violence dont elle est cause sans faire coïncider la réalité officielle
avec la réalité effective de leur présence dans la cité. Bientôt des
dizaines de candidats vont se positionner sur des sujets aussi variés
que la solidarité, la sécurité, l'enseignement, la santé, l'intégration,
domaines dans lesquels les mères sont en action de longue date. Certains
iront jusqu'à faire des propositions pour les pères qui veulent tenir le
rôle de mères. Et rien dans leurs programmes, pas la moindre proposition
pour valoriser l'action des mères ? Les mères de
famille au coeur de la campagne des prochaines élections présidentielle
et législatives ?
Je devine déjà les sourires. Et pourtant, elles y sont déjà. À quelques
mois de l'élection présidentielle, c'est une mère de quatre enfants,
ancienne ministre de la Famille, qui caracole en tête des sondages dans
une campagne qui ne cesse de s'ouvrir. Qu'il me soit permis de l'ouvrir
aussi sur deux histoires de mères que je regarde comme deux traités de
sagesse politique, la Promesse de l'aube de Romain Gary et le Journal de
ma mère d'Albert Cohen.
Deux femmes exceptionnelles ? Non, deux étrangères, humbles,
curieusement habillées et parlant avec un fort accent. Et pourtant !
Deux mères qui ont tracé un avenir à leur fils, architectes et maîtres
d'oeuvre de leur destin et qui s'y sont adonné avec l'énergie,
l'enthousiasme et l'amour dont témoignent leurs fils. Ambitieuses pour
leurs fils, elles ne souhaitaient pas égoïstement se réaliser à travers
leurs enfants mais les voir accomplir un destin qu'elles pressentaient
pour mieux leur permettre de dominer leur condition sociale d'origine.
«Va, vis et deviens», pour reprendre le titre d'un très beau film,
aurait pu être leur devise. Les mères actrices de la mobilité sociale de
leurs enfants ? Une grande école de commerce qui ne s'y est pas trompée
signale à ses étudiants ces deux oeuvres au cours d'un séminaire
abordant la thématique de l'estime de soi.
Fine politique, la mère d'Albert Cohen l'encourageait à ne pas être
ennemi de lui-même car le souci de soi, loin de s'opposer à toute
préoccupation d'autrui, est une manière de se soucier des autres en
recherchant la juste place à occuper dans l'espace relationnel de la
cité.
Quelles magnifiques citoyennes furent ces mères en permettant à leurs
fils d'occuper leur juste place, une place éminente dans la vie
politique nationale ou internationale et centrale dans la littérature
française ! En traçant un avenir à leurs enfants, elles ont donné à la
France deux hommes qui servirent si bien notre pays et notre langue et
nous ont légué à travers la production littéraire de leurs fils un
patrimoine culturel d'essence universelle. Peu d'enfants seront
ministres, hauts fonctionnaires, couronnés de prix littéraires,
néanmoins chacun d'entre eux mérite un avenir et doit trouver sa juste
place.
Nombreuses sont les mères, de toutes appartenances sociales, culturelles
ou religieuses, qui le savent. Mais il arrive que certaines mères soient
dépassées par leur mission d'éducation et qu'il faille confier les
mineurs délinquants à la garde des maires ainsi que le prévoit le projet
de loi qui vient d'être présenté par le gouvernement. Cependant
n'oublions pas les mères (1).
Attentives au bien-être de leurs enfants, elles contribuent également à
celui de la communauté. Quand les responsables politiques l'oublient, le
mal-être et la violence envahissent la cité. Ne soyons donc pas ennemis
de nous-mêmes. Et puisque la famille est une réalité transculturelle,
quand nous aurons répondu à la question «Comment aider les mères à mieux
aider leurs enfants ?», nous aurons répondu pour une grande part à la
question de l'intégration laissée pendante depuis trois décennies.
* Membre du Mouvement mondial des mères-France (MMMF), conseiller UMP du
XVIe arrondissement.
(1) «Ne vous trompez pas de mères !» Tel est le souhait des femmes qui
agissent dans les quartiers.
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