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Elèves à vendre

par Delphine Héran , membre actif du MMMFrance.

 Les enfants ayant une nette influence sur la consommation des familles, les entreprise privées essayent de rentrer dans les écoles sous couvert pédagogique.

L'école publique laïque et républicaine semble de plus en plus aujourd'hui la cible d'une offensive mercantile. 
L'axe le plus visible est l'intrusion des entreprises (privées bien entendu) dans les écoles sous forme de sponsoring ou de mécénat, sous couvert pédagogique. Le but est de toucher ces clients potentiels que sont les élèves afin de les fidéliser. Une étude menée par une société de marketing : " l'Institut de l'enfant " a calculé que la consommation des familles est influencée à près de 43 % par les enfants d'où l'intérêt de diffuser les marques dans les établissements.

Cela se fait de plusieurs façons :

- Par le mécénat : Microsoft France travaille depuis 1992 sur le marché éducatif. La société équipe gratuitement en ordinateurs une école dans le but de " former " les élèves à l'utilisation exclusive de tel ou tel logiciel ou plate-forme informatique. Comme le rappelle le responsable de Microsoft France : " Notre objectif est d'imposer le plus largement possible notre plate-forme Windows "

- Par l'organisation d'activités éducatives en partenariat avec des entreprises : par exemple COLGATE avec le "Docteur Quenotte ", lapin dentiste qui éduque les enfants au brossage dentaire ou bien Coca Cola qui diffuse une cassette vidéo permettant de mieux connaître le monde de l'entreprise, filmé dans l'usine Coca Cola de Dunkerque, ou encore le groupe Lu qui a vendu 4500 logiciels d'apprentissage à la lecture à l'effigie de Pépito.

Il existe une autre forme de partenariat en France, peut-être encore plus perverse, c'est la diffusion de "jeux boursiers" par les organismes bancaires. Le groupe bancaire CIC a proposé en 2000, un jeu concours : " les masters de l'économie " dont le but, selon la société, était d'initier les jeunes lycéens aux marchés financiers et à la bourse par la création d'un portefeuille fictif d'actions dont ils suivent l'évolution. Cette opération a été dénoncée par de nombreuses associations et organisations syndicales qui lui reprochaient, entre autres, de transformer les jeunes en clients de ladite banque dans le meilleur des cas et en boursicoteurs de bas-étage dans le pire des cas.

Qu'existe-t-il en matière législative pour défendre l'école ?
Le texte le plus récent est une circulaire de mars 2001 " code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire " qui a ouvert une brèche dans la prohibition stricte fixée par celle du 27 avril 1995 qui précisait clairement : " Il ne sera pas donné suite aux sollicitations émanant du secteur privé, dont les visées ont généralement un caractère publicitaire ou commercial ".
Ce code de mars 2001 est loin d'être satisfaisant. Il est peu précis et laisse beaucoup de place à l'appréciation du chef d'établissement. Ce sera donc encore une fois aux parents d'être vigilants et de surveiller les dérives éventuelles afin de ne pas tomber dans les excès américains.

U.S.A : la télé obligatoire

Aux Etats-Unis, l'intrusion des entreprises va beaucoup plus loin. L'exemple le plus frappant est le " phénomène Channel One " : la chaîne de télévision Channel One diffuse depuis 10 ans dans 12 000 écoles américaines, -soit pour un public de 8 millions d'adolescents de 12 à 17 ans- un programme quotidien de 12 minutes coupé deux fois par des publicités pour des boissons ou des produits pharmaceutiques miracles contre l'acné.
Que prévoit le contrat passé entre les établissements et la chaîne ? Channel One prête magnétoscopes, téléviseurs et antennes paraboliques, en échange, les écoles s 'engagent à diffuser les douze minutes de programmes dits éducatifs.
Ce contrat est extrêmement précis : il précise que 80% des classes de l'école devront le visionner et ce à raison de 90% des journées scolaires !
Quel est le contenu du programme ? 20 % du temps d'antenne 
est consacré à la couverture d'évènements récents concernant l'actualité politique, économique, sociale ou culturelle, les 80% restants étant dévolus à la publicité, aux sports, à la météo et aux catastrophes naturelles. Le professeur n'a pas le temps de visionner le contenu du programme avant diffusion !