Ce qui manque à la réforme du congé parental : offrir un vrai choix aux parents

02.10.20

MMM a publié une tribune sur le site du Huffington Post

Un libre choix susceptible de créer progressivement une vraie égalité entre les femmes et les hommes.

CONGÉ PARENTAL – Dans un live sur les réseaux sociaux, ce 28 septembre 2020, Adrien Taquet a proposé de réformer en profondeur le congé parental pour qu’il soit plus court (sans doute 4 mois par parent maximum) et mieux rémunéré (sans précision). L’objectif visé est de mieux accompagner les 1000 premiers jours de l’enfant tout en assurant un meilleur partage des tâches entre les parents.

C’est exactement la même logique qui avait conduit le gouvernement Hollande à raccourcir une première fois le congé parental en 2012, en le limitant à 2 ans maximum pour un parent (contre 3 ans au préalable). Près de 250.000 places d’accueil en crèches devaient être créées en parallèle pour accueillir tous les enfants que les parents ne pourraient plus garder.

Dans la réalité, la réforme a porté des fruits exactement inverses: à peine 60.000 places de crèches supplémentaires ont été créées, moins de 2 % des parents ont partagé le congé parental réformé, des dizaines de milliers de familles se sont retrouvées sans solution d’accueil aux deux ans de leur enfant alors même que la natalité chutait (-10 % entre 2012 et 2019). Pour la première fois depuis cette réforme on a même vu le nombre de femmes actives reculer dans la tranche des 25 à 49 ans**. Le gouvernement l’a reconnu: cette réforme est un échec.

Mais, loin de la remettre en cause, Adrien Taquet propose de poursuivre dans la même direction: un congé toujours plus court et des vœux pieux pour que jeunes pères et jeunes mères en prennent chacun une part.

Qui prend le congé parental?

C’est méconnaître la réalité des utilisateurs du congé parental dans sa forme actuelle. Les 240.000 familles qui recourent aujourd’hui au congé parental sont autant d’enseignants, de personnels de santé, d’ouvriers, d’employés et autres parents de deux ou trois enfants. Ils n’ont pas forcément des salaires mirobolants. Aussi, travailler à plein temps et avoir des frais de garde périscolaire pour leur aîné et de garde à temps plein pour leur enfant le plus jeune leur laisserait un revenu disponible faible, peu éloigné des 397 euros par mois de l’allocation de congé parental. Pour peu qu’ils aient un emploi éloigné de chez eux ou une appétence particulière pour s’occuper eux-mêmes de leur enfant, le choix du congé parental s’impose rapidement. Pourquoi alors ne pas leur laisser le choix— si c’est leur choix— de recourir à un tel mode de garde? Comment penser qu’un professeur, une infirmière, un ambulancier, une caissière ne saura plus, au bout de 2 ou même 3 années passées auprès de ses enfants, se réintégrer dans le monde professionnel?

Comment imaginer qu’en empêchant ces parents de prendre un congé parental de plus de 4 mois, on améliorera leur sort? Sans compter qu’il faudrait construire en toute hâte un nombre gigantesque de places de crèches pour accueillir soudainement tous ces enfants.

Beaucoup déplorent que ce soit avant tout des femmes, des mères qui utilisent le congé parental. Certes. Il se trouve qu’en France, il y a plus de femmes qui allaitent, plus de jeunes mères qui éprouvent une appétence pour garder elles-mêmes leur tout-petit, plus de femmes qui choisissent des professions d’enseignant, de puéricultrice ou de caissière. Est-ce grave? Si on le pense, ne faudrait-il pas d’abord se demander pourquoi on continue à mieux rémunérer en France les gens qui s’occupent de notre argent que ceux qui s’occupent de nos enfants? Tant que ceci ne changera pas, il ne faut pas imaginer qu’on obtiendra de façon magique une bien meilleure égalité entre les hommes et les femmes.

Et le partage des tâches?

Quant au partage des tâches parentales, moins de 12 %* des enfants sont gardés dans le cadre d’un congé parental. Comment imaginer qu’en obtenant— si on y arrive— une meilleure égalité dans les familles recourant au congé parental, on aurait un impact significatif sur le partage des tâches au sein de l’ensemble des familles?

Si le gouvernement voulait vraiment améliorer l’accueil des tout-petits et promouvoir sincèrement l’implication des pères auprès de leurs enfants, ne serait-il pas plus efficace de laisser aux parents qui le souhaitent la possibilité de prendre un congé parental dans sa forme actuelle (long et faiblement rémunéré)? Et de proposer à ceux qui le préfèrent un congé parental court et bien rémunéré (au moins 75 % du salaire)? C’est la voie qu’on choisit des pays comme l’Allemagne, le Danemark, la Suède, la Norvège et la République tchèque par exemple. Un libre choix qui serait susceptible de créer progressivement des vocations chez les jeunes pères.

En parallèle, le développement d’une véritable flexibilité choisie pour les salariés sur le modèle de ce qu’ont fait les Anglo-saxons et les Finlandais favoriserait pour les pères et pour les mères la possibilité de s’investir dans leur travail tout en assumant leurs responsabilités personnelles qu’elles soient familiales, associatives, sportives ou encore politiques.

 

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